Natura 2000: les premiers résultats du diagnostic agro-pastoral
L’année 2010 est marquée par le lancement officiel de la phase d’animation du projet Natura 2000 sur le massif de « Larrun Xoldokogaina ». Cette première année, un diagnostic agricole global a été réalisé en vue de replacer l’agriculture au centre du projet.
Une biodiversité naturelle en étroite relation avec les activités agropastorales locales.
Les paysages et la biodiversité actuellement présents sur nos montagnes sont issus d’une cohabitation multiséculaire entre l’homme et la montagne. Une grande partie des richesses naturelles actuelles a été façonnée par les pratiques agro-sylvo-pastorales* ancestrales :
- Les grandes surfaces de landes ouvertes qui abritent certains types de landes très rares à l’échelle européenne ont été maintenues par le pâturage ovin, le libre parcours des pottok et les pratiques traditionnelles d’entretien (telles que la fauche de fougères).
- Les vieilles forêts d’arbres têtards*, habitats privilégiés pour des espèces d’insectes rares, sont les résultantes d’une gestion forestière ancestrale, associant utilisation du bois et pâturage de sous-bois.
- De nombreux habitats naturels remarquables comme les tourbières*, les grottes et falaises, et les forêts de ravin qui présentent une biodiversité remarquable, ont été préservés grâce à une gestion agropastorale extensive et respectueuse de la nature.
Mais depuis quelques années, ces territoires pastoraux connaissent de grandes évolutions. Le pâturage de montagne diminue et les pratiques agricoles d’entretien sont peu à peu abandonnées.
Un diagnostic agricole initial pour apporter des réponses adaptées au contexte local
Pour comprendre l’utilisation agricole actuelle de la montagne, une cinquantaine d’éleveurs de la zone ont été rencontrés entre les mois de mai et septembre 2010. Les discussions avec les éleveurs ont permis d’identifier les causes et impacts des récentes évolutions des pratiques et de comprendre les liens entre les systèmes agricoles actuels et la montagne.
Résultats d’enquêtes : Une utilisation de la montagne en profonde mutation.
Le diagnostic révèle que depuis quelques années, l’utilisation agricole de la montagne a énormément évolué. Le nombre de brebis envoyées en montagne à diminué de près de 70% ces 20 dernières années. De même, le temps de pâture en montagne a été divisé par trois. Si traditionnellement, les bêtes restaient 5 à 7 mois en montagne (de mai à novembre), elles ne montent aujourd’hui que 4 à 10 semaines en automne, après la saison de traite. Aujourd’hui seuls les pottok et de rares troupeaux de brebis continuent à exercer une pression de pâturage sur les zones d’estives (Figure 1).
Différentes raisons sont évoquées pour expliquer cet abandon de la montagne : la baisse du nombre d’agriculteurs dans les villages, une montagne difficile non adaptée à la production laitière actuelle des brebis (trop de tiques, pas assez de fourrages), des brebis moins rustiques non adaptées à la montagne locale, une cohabitation de plus en plus difficile avec les autres utilisateurs de la montagne (problèmes avec les chiens non tenus en laisse, une fréquentation en constante augmentation parfois problématique pour le bien-être du bétail, des points de vue divergents avec les autres acteurs (chasseurs, forestiers…) sur la manière de gérer la montagne, etc..
Les impacts de la déprise agricole sur les milieux naturels.
La diminution du pâturage et l’abandon des pratiques d’entretien traditionnelles conduisent peu à peu à l’embroussaillement des landes ouvertes. Les fougères, les ajoncs, les ronces envahissent les anciennes landes et prairies. L’espace se ferme, la végétation s’homogénéise et les espèces les plus sensibles disparaissent. A terme, ces évolutions conduisent à une banalisation paysagère et écologique de nos montagnes et augmentent les risques d’incendies incontrôlables.
Natura 2000 : un outil pour améliorer la gestion de nos montagnes.
Le programme Natura 2000 a pour objectif le maintien des espèces et milieux naturels remarquables à l’échelle européenne. Il offre la possibilité aux usagers de s’investir dans la gestion de leur territoire en proposant des mesures de soutien aux pratiques locales respectueuses de la nature. Ainsi, des mesures concrètes seront mises en place pour soutenir les pratiques agricoles locales garantes du patrimoine naturel de nos montagnes.
Suite à un travail en collaboration avec les communes, des premiers projets agricoles ont été élaborés sur des territoires localisés des quatre communes. Des réunions d’information seront prochainement organisées dans chaque commune pour présenter les résultats des enquêtes agricoles et expliquer les actions concrètes envisagées pour 2011.
Si vous souhaitez obtenir des informations supplémentaires, vous pouvez contacter Elena Aguerre, chargée de mission Natura 2000 au sein de EHLG.
Euskal Herriko Laborantza Ganbara
64220 Ainiza Monjolose
- 05 59 37 53 73 -
elena.ehlg@orange.fr
* Agrosylvopastorale : type de gestion du territoire qui associe gestion agricole et gestion forestière.
* Arbres têtards : arbre auquel on a coupé le tronc ou les branches maîtresses à un niveau plus ou moins élevé pour provoquer le développement de rejets. Témoignage d’une gestion forestière ancestrale associant utilisation du bois et pâturage de sous-bois
* Tourbières : zone humide caractérisée par l'accumulation progressive de la tourbe. Ecosystème particulier et fragile qui abrite une flore caractéristique.









